Excusez-moi… ma gorgée de café noir n’a pas passé ce matin. Comme une vérité qu’on préfère ignorer, elle m’a laissé un goût amer : le marché du travail est comme un mauvais café filtre. Insipide, souvent et rarement équilibré. On parle de diversité et d’inclusion, mais sur le terrain, les rigidités persistent.

Une amie m’a dit récemment : « Avec mon parcours en droit et conformité, je pensais avoir ma place en ressources humaines, surtout avec le nombre de convention collective en négociation». Une promesse d’avenir solide, conclue par : « Aujourd’hui, j’ai l’impression de me faire mettre de côté. »

Et elle n’est pas seule. Un ancien collègue, banquier avec plus de 20 ans d’expérience en finance, se retrouve lui aussi coincé, victime des restructurations de son secteur. Des professeurs et des infirmières, pourtant essentiels au bon fonctionnement de notre société, quittent leurs postes, épuisés par des conditions qui affectent leur santé mentale et leur dignité professionnelle. On leur demande l’impossible, mais sans leur offrir les moyens de continuer. Pourtant, tout comme un bon espresso, ce sont les mélanges intenses qui réveillent un système fatigué. Alors, à quand une dose d’audace pour un marché en perte de saveur?

Des valeurs qui brillent… sur papier

« Respect, inclusion, innovation, diversité » : voilà des mots qui ornent fièrement les pages web des entreprises, souvent bien placés dans la section À propos de nous. Ce sont de belles idées, essentielles même, mais leur véritable impact est souvent questionnable. Sur le terrain, ces valeurs semblent parfois s’évaporer, laissant place à des processus rigides et des pratiques d’embauche obsolètes.

Les entreprises aiment afficher des valeurs modernes, mais les mettent-elles réellement en pratique? Combien d’entre elles revisitent leurs pratiques de recrutement pour s’assurer que des talents atypiques, avec des expériences différentes mais enrichissantes, trouvent leur place? Trop souvent, ces belles promesses restent au stade de slogans marketing, quand elles devraient être des engagements vivants et visibles au quotidien.

Un marché rigide, incapable de voir au-delà des cases

Le marché du travail québécois reste figé dans une logique de conformité. Les parcours atypiques, souvent riches en créativité et en résilience, sont perçus comme des anomalies. Les entreprises, dans leur quête de sécurité, privilégient les candidats qui cochent toutes les cases : parcours linéaire, stabilité apparente, formation classique. Pourtant, ces critères passent à côté d’une richesse humaine immense.

Prenez l’exemple de ce banquier avec 20 ans d’expérience. Son secteur est en pleine transformation, et il possède toutes les compétences pour guider une organisation dans cette transition. Mais parce qu’il ne correspond pas aux nouveaux modèles d’embauche, il se retrouve à attendre une opportunité qui tarde à venir. Combien d’autres professionnels compétents vivent cette situation, simplement parce qu’ils ne rentrent pas dans des moules dépassés?

Les chiffres parlent… mais pas assez fort

En octobre 2024, le taux de chômage au Québec s’établissait à 4,9 %. Ce chiffre, qui semble flatteur, masque des inégalités criantes. Dans des domaines comme l’administration des affaires, l’employabilité atteint 92 %, mais elle descend à 86 % pour des secteurs comme le marketing ou la gestion du personnel. Et que dire des professionnels qui acceptent des postes sous-qualifiés juste pour rester actifs?

Ce paradoxe s’aggrave avec la rareté de main-d’œuvre. L’Institut de la statistique du Québec prévoit que 40 000 travailleurs quitteront le marché d’ici 2024 pour cause de retraite. Ces départs auraient dû ouvrir des opportunités, mais les talents atypiques restent en marge. Pourquoi? Parce que les entreprises refusent de sortir de leur zone de confort.

L’entrepreneuriat : une réponse nécessaire, mais imparfaite

De plus en plus, les talents non conformes choisissent l’entrepreneuriat pour contourner ces barrières. Entre 2020 et 2023, le nombre de travailleurs autonomes a bondi de 12 %. Ces chiffres traduisent autant un dynamisme entrepreneurial qu’un marché incapable d’intégrer certains profils. Pour beaucoup, entreprendre n’est pas un rêve, mais une nécessité.

Cependant, l’entrepreneuriat n’est pas un chemin facile. Les subventions sont rares, les risques financiers élevés, et les réseaux de soutien limités. Créer sa place dans un environnement aussi exigeant, c’est admirable, mais cela ne devrait pas être le dernier recours pour des professionnels compétents.

Revoir les valeurs et passer à l’action

Il est temps de poser une question essentielle : nos valeurs d’entreprise sont-elles bien vivantes, ou sont-elles de simples mots sur un site web? Afficher des slogans, c’est facile. Les appliquer, c’est un tout autre défi. Les organisations doivent revoir leurs pratiques, repenser leurs processus de recrutement, et surtout, s’assurer que leurs actions reflètent véritablement leurs valeurs.

S’entourer des bonnes personnes, celles qui partagent des valeurs communes, c’est essentiel. Mais encore faut-il leur laisser une chance. Les talents atypiques ne demandent pas des passe-droits, ils demandent qu’on regarde au-delà des cases. Ils apportent des solutions, des perspectives nouvelles, et une capacité d’adaptation inestimable.

Je ne veux pas me faire d’ennemis… mais aidez-moi

Malgré les défis, il y a de l’espoir. Les talents atypiques, les organisations ouvertes et les décideurs visionnaires ont tout pour transformer la situation. Il faut bâtir des environnements inclusifs, où les valeurs d’entreprise ne sont pas de simples titres, mais des principes appliqués au quotidien.

Je ne veux pas de conflit, pas de débats stériles. Ce n’est pas une croisade, c’est un appel à réfléchir ensemble. Comment sommes-nous arrivés là? Comment un marché en pénurie peut-il encore se permettre d’ignorer autant de richesse humaine? Aidez-moi à comprendre.

Et surtout, aidez-moi à croire que ce système peut changer. Parce qu’en ce moment, ce goût amer n’est pas celui de mon café. C’est celui d’un potentiel immense qu’on laisse s’éteindre, alors qu’il pourrait redéfinir notre avenir.

Sources

  • Statistique Canada. Tendances de l’emploi au Québec, 2024.
  • Institut de la statistique du Québec. Projections sur la main-d’œuvre et l’emploi, 2023-2024.
  • Statistique Canada. Croissance des travailleurs autonomes au Canada, 2020-2023.
  • Ministère de l’Économie et de l’Innovation. Analyse des compétences et des besoins en main-d’œuvre au Québec, 2024.